Elle regardait à travers la vitre comme on regarde amoureusement la personne que l'on aime. Elle avait ouvert cette
fenêtre, et maintenant l'air était frais, l'air était doux sur son visage et les plis de ses cheveux, l'air sentait la liberté et la chaleur d'une étreinte volée. Et ses yeux se remplissaient de
larmes en voyant toutes les beautés du monde, en voyant les gens heureux sous ce soleil doré, en voyant la vie, la douce vie. Elle riait, pleurait, aimait devant cette fenêtre qui ouvrait grand
son âme et lui donnait l'odeur de l'innocence et de l'herbe fraîchement coupée. Et elle continuait, chaque jour, à observer le monde par cette fenêtre limpide, et chaque jour elle percevait à
nouveau l'entière palette des effluves d'un bonheur qu'elle comprenait enfin. Arriva le jour où la Guerre
scella sa fenêtre. Elle ne voyait plus, ne sentait plus, mais restait solide dans sa bulle de bonheur, ignorant la Haine et les Horreurs de sa propre Guerre, car elle savait qu'il lui suffisait
de fermer les yeux pour voir à nouveau son monde idéal et pour sentir à nouveau ce parfum d'innocence et d'herbe fraîchement coupée.
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